Felipe VI, la confiance

05/02/2018

La tentative de sécession entreprise par la Generalitat catalane ces derniers mois a remis à mal les institutions espagnoles, dans ce qui semble être la plus grande crise qu'ait vécu la jeune démocratie depuis la tentative de coup d'Etat de Tejero en 1981. Mais sa signification est d'autant plus importante que l'on se plonge dans l'histoire de ce pays.

La transition de la dictature franquiste à la monarchie parlementaire actuelle a été sans aucun doute douloureuse pour certains, mais elle contient une leçon historique inoubliable : celle des négociations, des compromis et du dialogue entre toutes les forces politiques du moment, qui ont réussi à élaborer une Constitution qui a permis à l'Espagne toutes ses avancées. Sous ce régime, l'Espagne s'est modernisée, a eu accès aux marchés internationaux, est devenue un membre important de la communauté européenne : elle est sortie de la marginalité et a cessé d'être un simple pion dans la guerre froide. Et dans ces négociations pluripartites pour la rédaction de la Constitution, les nationalistes catalans, après avoir passé près de quarante ans d'exclusion de la vie politique, ont eu une place à la table et ont fait valoir leur voix. Le résultat a été exceptionnel : après près de quarante ans de national-catholicisme autoritaire, l'Espagne est devenue une démocratie avec une organisation territoriale décentralisée. Tout cela en deux ans. Les progrès inespérés faits par ces hommes réunis malgré leurs divergences et leurs passés turbulents ont permis l'instauration d'une démocratie qui aujourd'hui, à la vue des événements, peut se targuer d'être solide.

La voilà, la trahison. Les nationalistes catalans ont souillé par leur gestion unilatérale et autoritaire le symbole du progressisme espagnol. La nouvelle Espagne construite sous leur supervision, que l'on peut juger moderne et digne, ils ont tenté de l'effacer. Jouant sur les démons inexistants du franquisme, ils ont voulu le faire resurgir. Mais rien de tel n'est arrivé.

Rien de tel n'est arrivé, puisque l'Espagne a clairement montré que ces fantômes sont chassés. Avec la Constitution et l'Etat de droit comme seules armes, elle a su repousser la menace. Et dans ce combat, une figure s'est élevée et a montré par sa fermeté et son engagement la stabilité du régime espagnol. Le jeune Roi d'Espagne, Felipe VI, a renforcé la légitimité de la monarchie en Espagne.

Son père, Juan Carlos Ier, malgré son rôle prééminent dans la transition vers la démocratie, avait dernièrement entaché l'image de celle-ci. L'éloignement du peuple et les multiples scandales de corruption ayant ébranlé la famille royale ont eu raison de lui et l'ont amené à abdiquer en 2014. Après une vie de sacrifice pour restaurer la monarchie bourbonique, Juan Carlos I a abdiqué pour la préserver. Son successeur et actuel Roi Felipe VI a redonné un air frais au Palacio de Oriente. Il a interdit à tout membre de la famille royale d'avoir des affaires commerciales ou des intérêts privés et a exigé une reddition de comptes des dépenses de la couronne. Ainsi, pour restaurer la confiance entre la monarchie et son peuple, il a établi une nécessaire transparence.

Malgré mes convictions et ma fidélité à la République espagnole, qui n'a pas perdu de sa légitimité malgré les années qui nous séparent de sa chute en 1939, j'avoue que le Roi a gagné ma confiance. Et il ne l'a pas seulement fait par ses réformes progressistes citées antérieurement : c'est sa prise de position dans la crise catalane qui m'a convaincu.

Son intervention, deux jours après la mascarade référendaire, pour défendre l'unité de la nation espagnole et la Constitution, a été d'une fermeté nécessaire. Il s'est opposé en bon chef d'Etat à la violation de l'Etat de Droit et s'est montré un garant ferme des institutions. Puis, par son allocution de Noël, il a appelé à l'unité de tous les espagnols et a rappelé le triste sort des Catalans non-indépendantistes coincés et censurés par le flot autoritaire, promettant de ne pas les abandonner. Le roi n'a pas pris parti dans une opposition politique, comme cela a pu lui être reproché. Il s'est adressé au peuple en le rassurant et a rappelé la nécessité de défendre et de préserver le grand héritage commun de l'histoire espagnole.

Dans ce même contexte, le seul parti à remettre en question la légitimité de la monarchie en Espagne et à prôner le retour à la République est le parti d'extrême-Gauche Podemos. Mais c'est aussi le seul parti qui ait tenu une position si ambiguë par rapport à la situation catalane. Leur prise de position en faveur d'un référendum pacté mais anticonstitutionnel et leur critique constante et stérile du gouvernement, dans des temps où le soutien des autres grands partis (PSOE et Ciudadanos) semblait inexpugnable a bien montré leur réel projet politique. Car le projet politique de Podemos, en passant par l'instauration de la République, la critique du Roi et des institutions et le désistement dans la défense totale de l'Etat de Droit ces derniers mois, n'est autre que de disloquer l'unité de la nation espagnole en rouvrant les plaies douloureuses.

Ainsi, alors que des temps troubles ont secoué et secoueront à nouveau l'Espagne, l'heure est à la cohésion nationale pour trouver une issue raisonnable à ce conflit. Le Roi, légitimé par sa jeunesse, sa transparence et son sérieux, a bien montré sa capacité à défendre l'Espagne et à vouloir rassembler les citoyens autour d'un projet commun : poursuivre l'aventure démocratique en garantissant et en améliorant le fonctionnement des institutions. Je me réjouis donc de ce nouveau Roi, qui semble être conscient de son devoir et de la grandeur de sa fonction. Pour l'instant, il semble être la figure transcendante, responsable et sérieuse dont son pays a besoin pour aller de l'avant.

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